Le 7 novembre 2026, les Néo-Zélandais seront appelés aux urnes pour élire leur 55ème Parlement. À l'approche de cette échéance, la campagne électorale commence à prendre forme et plusieurs sujets pourraient intéresser directement les Français qui vivent en Nouvelle-Zélande ou envisagent d'y investir, d'y étudier ou de s'y installer. Investissement étranger, achat immobilier, fiscalité, immigration et attractivité économique : les orientations proposées par les différents partis sont parfois très différentes. Pour les futurs investisseurs et candidats à l'immigration, l'enjeu est donc de comprendre ce que pourrait changer l'élection, sans pour autant tirer de conclusions définitives avant de connaître le résultat du scrutin et les éventuels accords de coalition.
Le contexte : une coalition sous pression
Depuis 2023, le pays est dirigé par une coalition tripartite entre le National Party (Christopher Luxon, Premier ministre), ACT et New Zealand First (Winston Peters). Le coût de la vie et l'accès au logement dominent la campagne, et les sondages sont serrés pour le gouvernement sortant. Le système électoral proportionnel mixte (MMP) rend la formation du prochain gouvernement difficile à prédire : les rapports de force entre partis et les éventuels accords de coalition compteront autant que le vote lui-même.
Investissement étranger et Overseas Investment Act (OIO)
C'est sans doute le sujet le plus sensible pour les investisseurs étrangers. Depuis 2018, l'achat de biens résidentiels existants par des non-résidents est strictement encadré par l'Overseas Investment Act, sauf exceptions.
National, au pouvoir, a déjà engagé un assouplissement progressif de ce cadre. Concrètement les détenteurs d'un visa Active Investor Plus peuvent désormais acheter une résidence en Nouvelle-Zélande à partir de 5 millions NZD, sans passer par le processus de consentement classique de l'OIO.
ACT, partenaire de coalition, défend une position historiquement plus libérale : le parti a déjà proposé, avant l'accord de coalition actuel, d'exempter purement et simplement les investisseurs originaires des pays de l'OCDE, dont la France, de l'obligation de consentement OIO pour la plupart des transactions. Cette proposition n'a pas été reprise dans l'accord de coalition en vigueur, mais reste un objectif affiché du parti.
New Zealand First, troisième partenaire de la coalition, occupe la position inverse : défense historique d'un contrôle strict de l'investissement étranger, notamment sur l'immobilier et les terres agricoles. Cette tension interne à la coalition sortante est à surveiller : elle pourrait freiner tout assouplissement supplémentaire si NZ First conserve un poids important après l'élection.
Labour, dans l'opposition, ne s'est pas positionné pour un relâchement des restrictions actuelles sur l'accès des non-résidents au marché immobilier — son attention porte davantage sur la fiscalité (voir ci-dessous).
Fiscalité du capital et de l’immobilier : sur la plus-value : le vrai clivage de cette élection
Labour propose une Capital Gains Tax (CGT) ciblée à 28 %, applicable aux biens résidentiels d'investissement et aux biens commerciaux, à compter du 1er juillet 2027 si le parti est élu. La résidence principale, les exploitations agricoles, le KiwiSaver, les actions et les successions resteraient exonérés, et seule la plus-value réalisée après cette date serait taxée, pas la valorisation déjà acquise. L'objectif affiché : financer trois consultations médicales gratuites par an pour chaque Néo-Zélandais (le programme « Medicard »).
Les Verts (Green Party) vont nettement plus loin, avec un plan fiscal publié en juin 2026 :
une taxe sur la fortune (« super-rich tax ») de 2,5 % par an sur les actifs nets dépassant 10 millions NZD pour un individu (20 millions NZD pour un couple), résidence principale exclue ;
une taxe sur les successions et donations de 33 % au-delà d'1 million NZD ;
une tranche d'imposition supérieure à 45 % au-delà de 160 000 NZD de revenu annuel ;
en contrepartie, un seuil d'exonération sur les 10 000 premiers NZD de revenu.
National et ACT, à l'inverse, excluent catégoriquement toute nouvelle taxe sur le capital ou la fortune, et misent sur une fiscalité globalement plus basse pour stimuler la croissance.
Pour un investisseur français détenant ou envisageant d'acquérir un bien en Nouvelle-Zélande, l'écart entre ces scénarios n'est pas négligeable. La Nouvelle-Zélande reste aujourd'hui l'un des rares pays de l'OCDE sans taxe généralisée sur les plus-values immobilières, une singularité que Labour et les Verts entendent précisément corriger.
Immigration et attractivité des talents
Le secteur de l'éducation internationale, en forte croissance ces dernières années, fait figure de point de consensus relatif : tous les partis reconnaissent son importance économique. Les divergences portent surtout sur l'immigration économique dans son ensemble :
National privilégie une logique de « qualité plutôt que quantité » : simplification des procédures de visa, ciblage des profils à forte valeur ajoutée (médical, technologique) pour répondre aux pénuries de compétences identifiées.
Labour met l'accent sur la protection des travailleurs migrants et la lutte contre l'exploitation de la main-d'œuvre étrangère, tout en maintenant une politique d'immigration ciblée sur les besoins économiques réels.
Les Verts défendent une approche centrée sur les droits des migrants, assez proche de celle de Labour.
Pour les familles françaises envisageant d'envoyer leurs enfants étudier en Nouvelle-Zélande, ce climat de relative stabilité sur l'éducation internationale est plutôt rassurant, quel que soit le résultat de novembre.
Deux fonds souverains concurrents, un même objectif
Fait notable de cette campagne : deux partis pourtant opposés proposent chacun la création d'un fonds d'investissement national. New Zealand First défend un « Future Fund » de 100 milliards NZD dédié aux infrastructures, inspiré des modèles singapourien et irlandais. Labour, de son côté, propose son propre « New Zealand Future Fund », adossé au fonds de pension existant (NZ Super Fund). Les deux projets diffèrent dans leur conception, mais traduisent une même préoccupation : renforcer l'investissement domestique plutôt que de dépendre exclusivement des capitaux étrangers.
Et pour les personnes qui ont déjà un projet en cours ?
L'élection de novembre 2026 ne signifie pas qu'il faille suspendre un projet, ni, à l'inverse, se précipiter pour investir ou déposer une demande de visa. Les changements politiques prennent généralement du temps à être adoptés et mis en œuvre, et dans un système parlementaire comme celui de la Nouvelle-Zélande, les propositions d'un parti sont souvent revues lors des négociations de coalition (la proposition ACT sur l'OIO, non reprise depuis 2023, en est une bonne illustration).
En revanche, c'est une échéance importante à intégrer dans votre calendrier si un projet d'investissement ou d'immigration est en préparation. Mieux vaut suivre l'évolution des programmes et vérifier régulièrement les règles en vigueur au moment de finaliser votre projet.
En résumé
| Sujet | National / ACT | Labour | Green Party | New Zealand First |
|---|---|---|---|---|
| Investissement étranger | Tendance à l'assouplissement, ACT particulièrement favorable | Plutôt maintien du cadre actuel | Approche plus prudente | Contrôle renforcé |
| Fiscalité du capital | Opposition aux nouvelles taxes générales sur le capital et la fortune | Favorable à une réforme de la taxation des plus-values | Fiscalité plus ambitieuse sur les grandes fortunes | Position plus prudente |
| Immigration | Immigration ciblée sur les compétences et les besoins économiques | Accent sur la protection des travailleurs migrants | Approche davantage centrée sur les droits des migrants | Ligne plus restrictive |
| Investissement domestique | Croissance et investissement privé | Renforcement de l'investissement public | Investissement orienté vers la transition écologique | Future Fund pour les infrastructures |

