Un port spatial européen à Canterbury ? Une étude française ouvre la voie

La filière spatiale néo-zélandaise pourrait bientôt compter un deuxième site de lancement. La société française SpaceDreamS vient de livrer au Tāwhaki Aerospace Centre une étude concluant à la faisabilité technique d'un port spatial à Kaitorete, sur la péninsule de Banks, dans la région de Canterbury. Le projet envisage l'accueil de lanceurs européens, ainsi que des activités de développement et d'essais.

 

Pourquoi la Nouvelle-Zélande intéresse les Européens

L'idée centrale de l'étude : offrir aux opérateurs européens une capacité de lancement complémentaire, loin de leurs propres bases. Un site néo-zélandais permettrait de diversifier la localisation des tirs et de réduire l'exposition à certains aléas propres à l'Europe : conditions météo, contraintes techniques, ou tout simplement la pression géopolitique qui pèse de plus en plus sur l'accès à l'espace.

Selon Christian Canart, fondateur et dirigeant de SpaceDreamS, l'étude pose désormais « un cadre crédible à long terme » pour construire une capacité de lancement hors d'Europe, sur un site capable d'accueillir aussi bien des petits que des gros lanceurs, avec en plus une vocation de développement et de test technologique.

Ce ne serait que le deuxième port spatial du pays, après le site de Mahia, exploité par l'américain Rocket Lab.

 

Encore au stade des discussions

Le projet reste à ce stade exploratoire : Tāwhaki et SpaceDreamS indiquent que des discussions sont en cours avec les pouvoirs publics, des industriels et des investisseurs européens. Rien n'est acté sur le financement, les clients ou les autorisations nécessaires; la faisabilité technique devra encore se traduire par un modèle commercial viable pour devenir réalité.

Le contexte rend d'ailleurs la prudence nécessaire : Tāwhaki avait déjà réduit ses ambitions de lancement il y a environ 18 mois, sur demande du gouvernement, faute de clients suffisants, pour se recentrer sur son second axe, l'aviation avancée. Le centre semble aujourd'hui vouloir mener les deux fronts de pair, porté par une demande commerciale et militaire en nette progression.

 

Un enjeu de diversification pour la filière spatiale néo-zélandaise

Pour la Nouvelle-Zélande, l'enjeu dépasse la seule question du lancement : il s'agit d'élargir une filière aujourd'hui largement concentrée autour de Rocket Lab, en attirant de nouveaux partenaires internationaux et des activités à plus forte valeur ajoutée;  développement, essais, maintenance. Le projet est aussi présenté comme devant s'aligner sur les valeurs māori, notamment via la priorité donnée à des propulseurs à faibles émissions.

Le pays n'est d'ailleurs pas seul sur ce terrain : une demi-douzaine d'autres pays travaillent actuellement à développer leurs propres ports spatiaux, certains dans le cadre de nouvelles alliances internationales. Tandis que les États-Unis investissent massivement pour agrandir leurs propres infrastructures, aujourd'hui sous tension entre la NASA, l'armée et les lancements commerciaux.

Au-delà de l'aérospatial, ce type de projet est révélateur d'une dynamique plus large : la Nouvelle-Zélande continue d'attirer des partenaires industriels et des capitaux étrangers sur des secteurs de pointe, bien au-delà de son image traditionnelle liée à l'agriculture ou au tourisme. Pour les investisseurs et porteurs de projets francophones qui envisagent de s'implanter ou d'investir dans le pays, c'est un signal supplémentaire sur la diversité et la maturité de l'écosystème économique local.